En Flandres, dans un petit village, vivait un couple
de paysan et leur fille Jauke. Celle-ci gardait les bêtes en pâture
et filait le lin qui poussait sur leur terre.
Or, un jour, un violent orage s'abattit sur le champ,
et les petite fleurs bleues du lin, si amoureusement cultivées
et
filées, se trouvèrent toutes détruites. Le pauvre
couple fût profondément attristé. Quant à
Jauke, elle était tout simplement désespérée,
perdue au milieu de ses songes et de son champ. Soudain, une belle jeune
femme, qui n'était autre qu'une jolie fée, vint à
sa rencontre. Surprise, Jauke eu d'abord un mouvement de recule et de
crainte. Mais devant le doux visage qui lui souriait, Jauke finit par
écouter les paroles de la belle dame qui voulait lui révéler
un grand secret.
C'est alors que survint
un nouvel orage. La fée disparut et Jauke se précipita
dans le bois le plus proche pour se
mettre un peu à l'abri. Mais alors que l'on était en plein
été, les arbres du bois étaient tous dénués
de leurs feuilles et il y faisait grand froid. Soudain, de petites fleurs
de givre naquirent en grand nombre sur les tiges des arbres comme des
bourgeons de cristal, puis des fils s'y croisèrent dans tous
les sens si bien que la forêt ressembla bientôt à
une grand toile d'araignée, formant de magnifiques dessins. Le
spectacle était si beau que Jauke décida de reproduire
ce décor avec les fils de sa quenouille et en quelques minutes,
naquit de ses mains agiles un superbe ouvrage.
La fée se présenta de nouveau à
Jauke toujours admirative devant son travail et lui demanda de ce présenter
au couvent tout proche et de montrer son travail aux soeurs. Jauke s'y
présenta et montra son ouvrage. Aussitôt, les soeurs le
recopièrent et l'améliorèrent. Ce fût le
"point de cloître" et le "point monastique".
Puis
la fée lui dit de nouveau, d'aller voir la Dame du château
et de lui montrer également son ouvrage. Jauke se présenta
devant la châtelaine qui émerveillée par le travail
se mit aussitôt à travailler le lin et à confectionner
de nouveaux dessins. Ce fût le "point à l'aiguille"
et le "doux filet".
La fée lui dit alors de se rendre au palais
et de montrer son ouvrage aux Seigneurs et aux Dames. Quant ceux-ci
virent le travail de Jauke, ils le confièrent aussitôt
à leurs artisans afin de le parfaire. Ce fût le "point
de Malines", la "guipure" et la "dentelle aux fuseaux".
Et c'est ainsi, que naquit la dentelle...
Quant à Jauke, son invention la rendit la
plus riche de Flandres.